Difficultés à atteindre l’orgasme

Le type d’orgasme que les femmes croient devoir connaître figure sur la liste de leurs préoccupations: orgasme clitoridien ou vaginal? Orgasme simultané ou orgasme accompagné d’une éjaculation féminine? Plusieurs d’entre elles semblent être à la poursuite de l’orgasme avec un grand O…

Depuis quelques années, on a présenté aux femmes une telle panoplie d’orgasmes possibles à obtenir, qu’elles courent après celui qu’elles n’ont pas ou qu’elles ne pensent pas avoir, celui qui pourrait être meilleur que l’autre, celui que leur partenaire désire qu’elles aient. Et pendant ce temps, elles passent tout simplement à côté du plaisir. On ne le répétera jamais assez : le type d’orgasme que vous avez est le bon! Depuis l’avènement du point G, cette course a gagné des adeptes. Le danger d’un tel climat est de créer et de véhiculer un modèle de performance qui conduise certaines femmes à se sentir sexuellement incompétentes si elles n’y correspondent pas.

Je crois que le clitoris n’a pas réussi à devenir l’ami de tous les hommes. Certains le voient même comme un ennemi potentiel ou réel, un ennemi qui remettra leur identité en cause. Il est rassurant et gratifiant pour certains hommes de croire que seul leur phallus peut être l’objet d’une jouissance chez la femme. Et le fait de n’avoir qu’un mouvement de va-et-vient à exercer est certainement moins éreintant et préoccupant que d’avoir à apprendre d’autres techniques, que d’avoir à adopter d’autres comportements pour satisfaire sa partenaire. Pourtant, le clitoris est, pour bien des femmes, l’équivalent du pénis. C’est l’organe sexuel qui leur procure une stimulation très intense. Et c’est, pour plusieurs d’entre elles, le moyen le plus sûr d’atteindre l’orgasme.

Écrit en 1981, Le Rapport Hite sur les hommes prouvait que bien des hommes faisaient abstraction du clitoris, au cours de leurs ébats amoureux. La situation s’est certainement améliorée mais pas autant que nous pourrions le croire: «Je suis frustré car ma partenaire n’a pas d’orgasme quand je la pénètre. Mes autres partenaires en avaient… C’est-à-dire que… je ne leur ai jamais demandé mais je pense qu’elles en avaient. Là, elle me l’a carrément dit et j’ai beau essayé toutes sortes de positions, ça ne fonctionne pas…»

Ils sont encore nombreux à croire que les femmes sont « anormales » et qu’elles font preuve de mauvaise volonté lorsqu’elles n’atteignent pas l’orgasme par la seule pénétration. Certains hommes auraient donc tout intérêt à s’informer. Nous vivons dans une société phallique qui a développé un véritable culte du pénis. On pense souvent qu’un homme, un vrai, est celui qui est bien membré et qui peut conserver une érection pendant des heures. Qu’on le veuille ou non, il n’en demeure pas moins que le clitoris est la zone érogène la plus innervée du corps féminin. Souvent, les hommes se sentent humiliés et dévalorisés lorsqu’ils ne parviennent pas à faire jouir leur partenaire par leur mouvement de va-et-vient vaginal. Pourtant, bien des femmes vous diront qu’un homme est tout à fait à la hauteur lorsqu’il sait faire preuve de tendresse et qu’il apprend comment caresser le clitoris de sa partenaire pour la conduire à l’orgasme.

Cependant, j’ajouterais que bien des femmes sont responsables de cette situation: elles ne connaissent pas leur propre corps et/ou taisent à leur partenaire la meilleure façon dont elles pourraient atteindre l’orgasme. Elles se fondent en ces hommes qui éprouvent un grand plaisir à l’idée de pénétrer un vagin. Elles sont même partisanes de l’idée que si la pénétration est satisfaisante et agréable pour un homme, il devrait en être de même pour elles. Elles se croient donc « anormales » et dissimulent leur état d’âme et leur frustration pour ne pas blesser ou faire trop de remous: «Je n’ai pas d’orgasme par la pénétration. Suis-je normale?» À cette question, je réponds toujours catégoriquement: «Oui! Bien que le vagin et le clitoris fonctionnent en synergie, environ 75% des femmes rapportent avoir un orgasme clitoridien et 20 % au cours de la pénétration. Mais sur ce 20%, 18% ont une stimulation indirecte du clitoris.»

Avons-nous de meilleurs orgasmes ou sommes-nous supérieures ou inférieures aux autres femmes selon que nous ayons un orgasme clitoridien ou vaginal, suivi ou non d’une éjaculation? Je pose la question, car depuis la dernière décennie, les femmes se la posent elles-mêmes sans parvenir à trouver une réponse qui puisse les satisfaire. On croit à tort que l’angoisse de performance ne touche que les hommes. Les femmes sont de plus en plus touchées par ce sentiment qui handicape lourdement leur sexualité. En voulant se surpasser et se démarquer, elles se disqualifient avant même d’avoir commencé à goûter au plaisir.

Par ailleurs, de plus en plus de femmes consultent pour un problème d’anorgasmie. Elles disent être incapables de parvenir à l’orgasme, que ce soit par stimulation clitoridienne ou vaginale. Certaines disent éprouver tout de même un certain plaisir à faire l’amour alors que pour d’autres, il s’agit souvent d’une corvée. Mais est-on disposé à goûter de nouveau un met lorsqu’il ne nous apporte qu’insatisfaction?

Causes
Les causes de l’anorgasmie sont multiples . Chez la femme anorgasmique, la peur de s’abandonner est présente, une peur qui est liée à un besoin de contrôle. Ce dernier est jumelé à des idées négatives plus ou moins conscientes, telles que :

  • Une femme « correcte » peut-elle se permettre ce genre de choses?
  • Perdrai-je tout emprise sur ma vie, sur moi?
  • Serai-je dans un état de grande vulnérabilité?
  • Pourrais-je en perdre la raison?
  • Et si j’aimais trop ça? etc.

D’autres facteurs peuvent être en cause :

  • Peur de l’intimité
  • Sentiment ambivalent à l’égard du partenaire
  • Non attirance érotique envers le partenaire
  • Stimulation inadéquate du partenaire
  • Méconnaissance de son propre corps
  • Pauvreté ou absence de fantasmes
  • Mode excitatoire inadéquat (état d’hypertonie musculaire)
  • Secondaire à un traumatisme tel l’abus sexuel, le viol
  • Secondaire à un manque de désir
  • Secondaire à une dyspareunie (douleur génitale)

Les commentaires sont fermés